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Djermuk Ressort Armenia

04.06.2011

Les deux retraités valaisans qui créent des stations en Arménie

Une nouvelle destination touristique est sur le point de voir je jour en Arménie : Djermuk Resort. Derrière ce projet, deux entrepreneurs valaisans qui n’en sont pas à leur coup d’essai.


André Guinnard, spécialiste en immobilier de loisirs en montagne du côté de Verbier, et Paul Glassey, ingénieur et spécialiste en transport par câbles et planification urbaine du côté de Nendaz, auraient pu prendre une retraite bien méritée après deux carrières déjà bien remplies.

Mais non, ces deux amoureux du travail bien fait ont décidé de lancer en 2002 une société de consulting. Tigerdev Swiss. Depuis, nos deux retraités hyperactifs ont bourlingués dans le monde entier et participé à la réflexion, voire à la création de nouvelles stations d’hiver un peu partout sur la planète : Chine, Corée, Kazakhstan, France, Canada, Turquie et depuis peu Arménie avec une collègue arménienne de Genève, Nuné Magoyan. Une femme d’affaire et sociologue qui connaît très bien les acteurs politiques arméniens.

Notre spécialiste en immobilier a voyagé 12 fois à travers cette région. Il commence donc à comprendre parfaitement ses enjeux et ses potentialités de développement, tout en restant prudent. Il a ainsi accepté de nous entrouvrir ses bureaux à Verbier, pour nous parler de sa nouvelle passion et de la création d’une destination touristique en Arménie : Djermuk Resort (voir l’encadré, page suivante). André Guinnard et Paul Glassey ont en effet été choisis par le gouvernement arménien, représenté par son ministre de l’Economie et par le maire de cette ville de 7500 habitants, située à 175 km (3heures de route) au sud d’Erevan, la capitale. Il faut dire que leur contribution, dès 2005, à la réorganisation de la station de ski et d’été de Tsakhkadzor à 60 km à l’est d’Erevan a probablement dû convaincre les autorités arméniennes. D’ailleurs, cette station est déjà un must du Sud Caucase.

PARI. « Notre rôle consiste à proposer un projet de développement pour faire de Djermuk une station 5 saisons haut de gamme et un centre socioéconomique régional », précise André Guinnard. Pour réussir ce pari un peu fou, plusieurs atouts existent. D’abord, les nombreuses sources d’eau chaude et minérale de la station permettront de relancer cette région de cure et de spa. Ensuite, les 850 lits d’hôtels existants seront réhabilités et complétés. Enfin, plusieurs complexes immobiliers sportifs et culturels seront construits ces prochaines années.

« Auparavant, sinon parallèlement, Djermuk sera dotés d’infrastructures modernes et performantes. De nouvelles règles seront à créer (construction, taxations, participations financières, facilitation pour l’intégration des indigènes au processus de développement, etc.). Les gorges, le lac, la faune (il y aurait beaucoup d’ours, de loups et de lynx sur les 175 km2 de la municipalité) seront mis en valeur. Bien que les accès routiers soient déjà bons, une autoroute d’Erevan (1.2 million d’habitants) desservira Djermuk à moins de 20 km. Mieux, un chemin de fer international nord-sud dont la construction débutera dans quelques mois, devrait desservir le centre de Djermuk. Un atout », selon notre spécialiste.

INFORMER. L’Équipe de Tigerdev a été mandatée afin d’apporter un regard d’experts et une analyse neutre sur le présent et l’avenir possible de Djermuk. « A l’aide des expériences vécus dans les Alpes, nous proposons les bases d’un plan directeur, compris comme un plan de développement structuré et une vision pour booster harmonieusement et durablement le développement de Djermuk Resort, résume Andrés Guinnard, président de Tigerdev. Notre objective consiste également à informer correctement les futurs investisseurs ainsi qu’à fournir des pistes de réflexion et des priorités pour réussir. ».
En Arménie, comme dans tous les pays dans lesquels nos deux associés ont travaillé, rien n’est jamais simple. En clair, développement économique, argent facile et casinos peuvent vite faire tourner la tête de locaux, autorités et population en tête. Il faut donc à tout prix éviter la spéculation et la corruption qui pourraient tuer le projet avant même que nos deux consultants aient pu réussir à faire accepter leur plan directeur et mettre en place les premières mesures à même de mener le projet à terme.

« Les défis sont nombreux. L’un des plus difficiles à affronter sera la maîtrise du choc socioculturel, économique, environnemental et familial qu’occasionnera l’arrivée massive des touristes, des promoteurs et des capitaux étrangers. Si ces arrivées sont encouragées et souhaitées, les ressources humaines locales sont insuffisantes et la législation actuelle ne correspond pas aux besoins du développement touristique voulu à Djermuk. Cette expansion, rapide et importante, doit être maîtrisée dès le début », avertit André Guinnard, qui passe aussitôt à des exemples concrets.

REVE. Pour le Valaisan, la planification d’une telle station doit impérativement réunir des conditions de base. Il n’existe, par exemple, pas encore de stations d’épuration. Impossible d’imaginer de créer une nouvelle destination haut de gamme avec quelque 20 000 lits supplémentaires sans régler cette question de l’eau et de son retraitement.

Les transports constituent une autre pierre angulaire. L’idée étant ici de créer de grands parkings extérieurs à la nouvelle ville pour éviter les congestions du trafic. « Les touristes qui viendront d’Iran, de Russie, et aussi les Arméniens, veulent une expérience totale, pas quelque chose qu’ils ont déjà vécu ou qu’ils vivent tous les jours. Il faut leur offrir du rêve, des activités diverses qui leur donneront envie de revenir parce que c’est beau, de qualité et bien géré », s’enthousiasme André Guinnard. On dirait presque que les expériences pénibles vécues dans les rues bloquées par trop de véhicules dans certaines stations des Alpes, en pleine saison, ont laissé des traces. Et puis, last but not least, le développement immobilier doit être encadré. En particulier la vente de terrains qui a été gelée pendant la mise en place du concept général. Si cela n’avait pas été le cas, l’ensemble du projet aurait été mis à mal par les premiers spéculateurs.

EXPERIENCE. Le projet de développement de Djermuk semble donc bien avancé et les premiers travaux pourraient démarrer cette année encore. Le premier hôtel Hyatt est en cours de construction. Le gouvernement arménien prévoit d’investir quelque 27 millions de dollars pour construire de nouvelles infrastructures publiques.

« Nous allons suivre le projet et donner encore quelques pistes pour éviter des erreurs de jeunesse. Bientôt notre rôle s’arrêtera et la station vivra, ou pas, sans nous. ». Et l’argent ? « Nous sommes évidemment payés pour nos prestations et l’expérience internationale que nous avons acquise dans ces domaines, mais il ne s’agit pas, de loin, de très loin même, de la motivation principale. Nous sommes simplement passionnés par ce que nous faisons et avons modestement envie de partager nos expériences avec d’autres endroits, d’autres pays dans le monde. De ce point de vue-là, le Valais possède de sacrées cartes à jouer. »

PME Magazine / mai 2011


 
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